Ma parentalité parfaitement Imparfaite

 

A force de mettre en place des actions en faveur  du bien-être et du développement harmonieux de l’enfant, je me suis dit que je pratiquais une éducation bienveillante. Mais peu à peu, j’ai senti un poids sur mes épaules, une pression qui commençait à m’étouffer… Que se passait il ? Je subissait le fardeau des étiquettes. Et oui l’éducation bienveillante a elle aussi ses étiquettes qui lui collent à la peau.

J’ai alors pensé troquer ce terme contre éducation positive, mais au final ça revient au même. Parentalité consciente a eu une bonne place dans ma réflexion pendant quelques temps, mais aujourd’hui, ça y est ; je sais comment définir la façon pleine d’amour dont j’élève mon p’tit gars : je pratique MA parentalité Parfaitement Imparfaite !

 

parentalite imparfaite

 

Il n’est pas simple de définir la parentalité Bienveillante, ou positive, appelez la comme vous voudrez. De nombreux auteurs, journalistes et experts s’y sont essayés sans de succès réels faisant l’unanimité.

Déjà là, le premier coup est porté : En tentant de “définir” un style d’éducation, on cherche à normaliser, à faire entrer dans des cases… bof…les cases, moi, je ne les aime pas trop.

En plus des cases, ce qui me dérange ce sont les étiquettes, car oui, on peut considérer les termes Education bienveillante/positive comme des étiquettes, avec toute la charge que cela peut véhiculer.

 

 

Un coté Elitiste !

En y réfléchissant d’un peu plus près, je trouve dans cette appellation, que j’ai moi aussi largement utilisé, quelque chose de “pompeux”, presque d’arrogant. Comme si, il y avait dans ces mots, une quête de reconnaissance et un besoin de dire au monde entier : “Hé, regarde, comme je suis douée, intelligente et supérieure à toi qui pratique encore une éducation d’un autre temps!

Car il faut bien le reconnaître, quand on découvre toutes ces techniques comme la CNV (ouais, j’me la pète avec un acronyme… vous ne connaissez pas… oh la loose  (humour!!!)! ça veut dire Communication Non Violente… bref, CNV, signifie qu’on arrête de gueuler sur les gens et des les accuser de tous nos maux en apprenant à parler différemment … en résumé)…

Donc, je disais, quand on découvre les techniques telles que la CNV, l’écoute active et empathique, quand on commence à s’intéresser au développement de l’enfant et surtout de son cerveau… on n’a qu’une envie : partager avec le monde entier  afin d’améliorer… le monde, justement !

Du coup, on se met à donner des conseils, à parler partout, à qui veut bien l’entendre – et surtout à qui ne veut pas l’entendre pour répandre la bonne parole.

Mais très vite, nos discours sont empreints de “j’ai lu dans…”, “il y a une étude scientifique qui a été faite…”, “les neurosciences sont formelles sur ce point…” bref le parfait discours qui nous fait passer pour des rats de bibliothèques accrochés à nos livres et études, le genre de personne qu’on cherche à fuir tant ils sont ennuyeux !

Et pour ceux qui ne lisent pas, qui n’ont pas forcément le temps ni l’envie de se former, de s’informer tellement leur quotidien est rempli, on peut vite passer pour des Bobos utopistes déconnectés de la vie, de ses contraintes et de son rythme effréné.

C’est pour ces motifs que cette appellation peut sembler réservée à une certaine catégorie de personnes hautement instruites et cultivées, ayant cessé toute activité pour se consacrer corps et âme à leurs progénitures adorées… Il n’y a là rien de plus faux ! Chacun peut offrir une éducation de ce genre à son enfant : à condition  de le vouloir, de s’informer et d’oser se remettre en question.

 

Une pression de perfection absolue

 

Très vite, la rumeur se répand : “elle pratique l’éducation bienveillante avec son rejeton !” et hop, nous voilà affublé d’une étiquette.

Peut être le savez vous, les étiquettes ont cela de magique : elles vous collent à la peau et vous devenez peu à peu cette étiquette ! (je vous écrirai un article spécial sur ce sujet… prochainement)

Me voilà donc en train de me métamorphoser en … mère parfaite !!!!!!

 

Au secours !! Je dois coller à cette étiquette : bienveillance à tous les étages, mots justes et exemplarité dans toutes les situations, gestion de tous les comportements de mon enfant qui, par conséquent, ne doit faire aucune crise et m’obéir au doigt et à l’œil sans que j’ai besoin de hausser le ton ! Oh merde, la pression retombe donc aussi sur mon pauvre p’tit gars qui ne demande rien à personne.

Quand en plus, on me sait Sophrologue spécialisée en périnatalité… alors là, c’est la cerise sur le gâteau !!

Me voici pour finir devenue aux yeux des gens une femme et mère équilibrée, sachant parenatlité imparfaiteparfaitement jongler entre ces deux casquettes, assumant féminité et maternité, pratiquant assidument ma médiation et le yoga dès 5h du matin, flirtant avec Bree Van de Kamp (Desperate Housewives, s il est nécessaire de le mentionner) pour une gestion optimale de l’entretien de la maison et la confection de repas diététiques et BIO (il va sans dire!!) que je propose à mes convives chéris !!

 

Non, je n’exagère pas tant que ça !

La preuve, si vous en voulez, le commentaire que l’on m’a fait récemment lors d’un atelier que j’anime avec mon amie sophrologue auprès de mamans : “Mais vous, vous êtes des anges, vous êtes au top en permanence, ça se voit !

Nous nous sommes alors regardés ma collègue et moi et nous avons éclaté de rire !!!

 

Comment vous dire… non,  je ne suis absolument  PAS UN ANGE !!!

Ma maison, c’est souvent le bordel, les poussières ont élu domicile un peu partout sachant qu’elles passeront l’hiver bien tranquilles sans que je ne viennent les déloger, mon bac de linge sale est tellement plein qu’il étend son domaine sur le sol, quand à mon repassage, j’essaie de le cacher dans un “tiroir” pourtant énorme mais je n’arrive plus à fermer ce dit tiroir !

Mon adorable p’tit gars a subit plusieurs fois hélas mes pétages de câble au moment de la mise au dodo.

Je n’ai pas toujours les bons mots pour m’adresser à lui, ou à mon entourage, je n’ai pas de réponse à tout ; et même si je me soigne, il m’arrive encore de donner des conseils alors qu’on ne me l’a pas demandé.

Je me sens parfois dépassée quand mon p’tit gars ne fait pas ce que je lui demande après avoir répété 20 fois la même consigne en usant et abusant de toutes les astuce possibles, je me qualifie alors de mauvaise mère.

Parfois, je n’ai pas la patience nécessaire pour attendre et le laisser faire seul, ou pour entendre le vacarme de sa découverte : jouer de la batterie avec ses pieds sur une boite en métal.

J’hésite parfois sur ce que je devrais faire, comme par exemple pour son sommeil alors, j’essaie de ne plus accepter les tétées de la nuit, et puis je me demande quel sens cela peut il avoir et finalement j’autorise à nouveau (surtout s’il est un peu malade..) donc la constance n’est pas toujours au rendez-vous.

 

Des idées reçues qui ont la vie dure

Les clichés sont tellement pénibles : on nous les ressert en toute occasion, nous poussant souvent à expliquer encore et encore notre  façon de voir les choses.

Tu vas en faire un enfant roi”, “tu pratiques une éducation complétement laxiste”, “l’éducation à l’ancienne fonctionne mieux”, “c’est trop compliqué ton truc, ce n’est pas pour moi, vu mon passé et mon enfance”…

Dans la tête de certains, la parentalité positive transformerait les familles en bisounours toujours heureux et qui ne seraient jamais en conflit ;  les parents bienveillants seraient des êtres parfaits et feraient toujours ce qu’il faut, il existerait même un guide de la parentalité positive, une méthode à calquer sur chaque enfant pour que tous les parents puissent faire pareil,

Pour les parents ne pratiquant pas, ils en arrivent parfois à penser que cette forme de parentalité est une façon de dénigrer ceux qui font autrement.

 

Tout cela est faux et archi faux !!

Loin du culte de la perfection, vous l ‘aurez compris,  j’élève mon p’tit gars en faisant des erreurs. Je me remets en cause, je me forme sans cesse pour être au plus juste avec ce que je ressens au fond de mon cœur comme étant bon pour lui !

Du coup, il y a parfois des changements de cap, des “théories” que j’applique mal, soit que je ne les pas bien comprises ou que je n’arrive pas à les appliquer dans certaines situations.

Non, mon p’tit gars n’est pas un enfant roi il connaît les règles, les limites, les frustrations… tout cela en fonction de ce qu’il est en mesure d’intégrer (selon son stade de développement).

Pour ceux qui pense que ce type de parentalité est du laxisme, et bien qu’il vienne voir à quel point c’est du sport au quotidien. Cela demande une énorme dose de patience et d’énergie; mais c’est un investissement sur le long terme. On est bien loin de l’attitude démissionnaire du parent laxiste.

Quand je laisse mon p’tit gars monter sur une chaise, jouer avec tous les ustensiles de cuisine, ce n’est pas par démission mais bien consciemment car je sais qu’il a besoin de bouger, de développer sa motricité, de manipuler les même objets que moi pour apprendre, se concentrer, mémoriser.

Si je ne crie pas, ne punit pas, ne fais pas de chantage ou menaces, ne donne pas de fessée c’est parce que je considère qu’il existe des manières plus respectueuses, efficaces et constructives de faire passer les messages.

Non, il ne range pas ses affaires par peur de se faire punir, quand il le fait c’est parce qu’il a envie de coopérer.

Ce que l’on taxe de laxisme c’est la liberté plus grande dont mon p’tit gars peut jouir. Une liberté que je peux lui accorder car j’ai confiance en ces capacités, parce qu’aussi j’ai appris à relativiser et à revoir mes exigences : il est petit !!! Il apprends, expérimente sans cesse ; il renverse de l’eau au sol ? Est ce que cela nécessite de me mettre en colère pour autant ? Non ! Je lui donne un chiffon et il essuie, c’est tout…

Oh, bien-sur que les colères et mécontentements existent aussi au sein de ma maison. Et oui, aussi dingue que cela puisse paraître, je dit “stop” à mon enfant ! Je me mets en colère (très rarement) et lui aussi exprime ses émotions fortes.

 

C’est avec une énergie gigantesque, un Amour inconditionnel que je fais de mon mieux pour que ce p’tit bonhomme adopte de bonnes conduites, pour qu’il soit en mesure d’accueillir ses émotions et celles des autres. En composant avec mon Histoire, l’éducation que j’ai reçu et tout ce que j’apprends j’essaie d’offrir à mon p’tit gars la chance de devenir un adulte équilibré, respectueux et tolérant.

Ma parentalité Imparfaite est tout simplement en cohérence avec ma façon de vivre, de progresser. J’aime à penser que ma parentalité imparfaite tend à ressembler à ce qu’André Stern appelle l’Ecologie de l’enfance.

Il y a encore quelques années, quand j’étais auxiliaire de puériculture, je n’avais pas ce type de discours ou de comportement… depuis, j’ai changé, grandi, évolué dans ma réflexion sur les sujets de l’enfance.

Plus que jamais je suis persuadée que les enfants sont notre Avenir meilleur ! Permettons leur simplement d’Être, dans le respect de leur singularité.

 

Non, vous n’êtes pas malveillants si vous ne pratiquez pas une parentalité Bienveillante,

Non, vous n’êtes pas négatifs si vous ne pratiquez pas une parentalité Positive,

Non vous n’êtes pas irrespectueux si vous ne pratiquez pas une parentalité Respectueuse,

Non vous n’êtes pas inconscients si vous ne pratiquez pas une parentalité Consciente

Non vous n’êtes pas parfaits (désolée!) si vous ne pratiquez pas une parentalité Imparfaite….

Vous êtes simplement Vous, vous êtes parents faisant de votre mieux.

 

Alors quel parents êtes vous ? Dites le moi dans les commentaires (j’aime vous lire !)

 

Prenez soin de vous et soyez parfaitement Imparfaits !

A bientôt

 

Caroline Muller, un Colibri Imparfait

 

Crédit photo : Pixabay ArtsyBee

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7 Comments

  1. Il est plus que certain que de se plier aux critiques extérieures en allant à l’encontre de ce que l’on entend au plus profond de soi, est frustrant, voire traumatisant. Il vaut mieux commettre des petites erreurs avec amour, que d’essayer d’être parfait aux yeux du monde. Je pense profondément que nos bébés ressentent surtout la sincérité de notre amour, et de nos efforts pour les comprendre.

    • Merci pour votre commentaire.
      Je suis tout à fait d’accord avec vous : nos bébés sentent et savent lire en nous comme dans un livre ouvert ! Au delà des mots, ils sondent notre coeur et sentent quand nous ne sommes pas en cohérence avec nous-même.
      Bien à vous

  2. J’ai lu jusqu’au bout votre post… et je me demande pourquoi… Pourquoi cette prise de position ? C’est quoi le problème ? Pourquoi ce pseudo rejet de la parentalité bienveillante, respectueuse, positive…. ? Je ne comprends pas votre message ni votre finalité.
    Moi je suis un parent bienveillant autant qu’il m’est possible de l’être. J’en suis fière. J’aime le parent que je suis car je fais de mon mieux à chaque instant. Quand je loupe, je reprends. Je rectifie. Pas question de perfection mais plutôt d’optimalisme. Cela me demande de l’énergie, j’y mets mon coeur à cet ouvrage, de l’amour inconditionnel tant envers moi même qu’envers mes enfants.
    Je ne me considère pas par rapport aux autres, je n’ai pas besoin de me comparer, je ne juge pas les autres. Chacun fait comme il choisit d’agir.

    • Bonjour,
      Merci d’avoir lu jusqu’au bout et commenter cet article. Par ces lignes ce n’est pas l’éducation bienveillante que je “rejette” mais les étiquettes et le poids que l’on peut se mettre sur le dos à trop vouloir bien faire.
      Je suis moi aussi une maman bienveillante (selon certaines publications, on pourrait même me qualifier “d’Hyper mère”- nouveau terme en vogue apparemment). Je fais de mon mieux.
      Cet article se veut justement d’apporter une dose d’éclairage sur le quotidien imparfait afin de déculpabiliser certains parents qui n’ont pas cette prise de recul qui permet d’avoir le positionnement qui est le votre (et le mien par la même occasion puisque nous faisons de notre mieux, sans comparaison ni jugement).
      Ne vous est il jamais arrivé de perdre un peu de votre spontanéité à force de vouloir adopter le meilleur comportement qu’il soit, à trop réfléchir sur les conséquences de tel ou tel mot, de vous culpabiliser pendant des heures (même après avoir expliquer à votre enfant) à cause d’un mot de travers ? Moi, si. Je pensais qu’il me serait possible de préserver mon enfant de tout “traumatisme”, mais c’est impossible. Ce n’est qu’en prenant du recul et en acceptant que mes erreurs (et celle de mon entourage) sont une source d’apprentissage et qu’elles sont nécessaires à la construction de mon p’tit gars (bien sûre on parle de chose sommes toutes assez légères et non pas de violence ! plutôt des maladresses.)que j’ai pu trouver mon équilibre et assumer enfin pleinement le parent que je suis.
      Encore merci pour ce temps accordé
      Bien à vous

  3. Merci pour cet article. En lisant le titre j’ai eu peur et j’ai failli ne pas lire. Je me suis dit “oh non encore une mère qui envoie tout balader et qui revendique “une bonne fessée de temps en temps ” pour aller à l’encontre des courants récents.” Et non j’ai découvert une mère comme on est nombreuses à essayer de devenir (c’est français ma phrase là ?), qui bien sûr pratique tout ce qu’elle rejette ( mais non… J’ai compris que vous ne rejetez pas ces concepts mais juste les étiquettes qui les définissent) et qui veut juste qu’on lui foute la paix et qu’on la laisse éduquer son fils du mieux qu’elle peut, avec ses hauts et ses bas… Merci, ca m’inspire !

    • Merci pour votre commentaire.
      Oh la la non, jamais je ne valoriserai la fessée (ni aucune autre sorte de Violence Educative Ordinaire) ! Si par mégarde, dans un article, une mauvaise tournure de phrase tendait à le faire croire, je compte sur vous pour le signaler afin que je puisse rectifier le tir.
      Bien à vous et merci d’avoir lu malgré le titre qui vous a rebutée.

  4. Merci Caroline pour cet article qui permet de déculpabiliser!!!! On fait du mieux que l’on peut avec nos forces, nos faiblesses, notre histoire! D’ailleurs c’est aussi souvent mes enfants qui m’éduquent , dans le sens où ils m’apprennent aussi à devenir mère.

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